Le téléphone me tira hors du lit. C’était Martin.
- Hello Greg, désolé mon pote, mais je ne partirai pas avec toi en Ouganda. J’ai raté ma session et mon père est furibard…Pas question de partir 3 mois en pleine jungle !
Il y eut un blanc… Une angoisse… Le film me revint en tête ; celui de mon précédent voyage avec un groupe de bénévoles… L’arrivée à l’aéroport de Kigali, et moi, couché à terre dans cet aéroport, le bras gauche levé, le nez pissant le sang ! Le regard attentif de la responsable…
C’était le matin du 23 juin. Je m’assis sur mon lit et regarde les murs de mon habitation, une chambre de 4m sur 3, lit, bureau, cuisine, douche comprise !
Nous avions prévu Martin et moi, de partir le 1er juillet rejoindre un groupe de bénévoles dans un petit village de montagne à une journée de trajet de l’aéroport, puis de se laisser guider par notre intuition et de visiter le pays… 3 mois devant nous ! La liberté totale ! J’avais rompu le bail de cette chambre, conclu un autre pour le mois d’octobre et fait les démarches pour suspendre mes allocations de chômage, la mutuelle pendant 3 mois.
La peur m’envahit… Sans abri en Belgique dans 7 jours, sans Martin pendant 3 mois en Ouganda !
Je regardai par la fenêtre, le ciel était bleu, un rayon de soleil vint caresser mon visage… Comme un signe… Ce voyage, j’en avais rêvé depuis si longtemps, en avoir vécu un avant goût l’année précédente m’avait mis en appétit…
Au fond de moi, je savais que quelqu’un en moi allait mourir, que celui qui allait revenir de ce voyage, ne serait pas le même que celui qui part ! Sentiment prémonitoire étrange qui m’angoissait fortement… Cette peur de l’inconnu…TOTAL
La décision tomba comme un couperet. Je pars !
Tout alla dès lors très vite. Et le premier juillet j’embarquai pour Kigali avec escale au Caire.
Le vol se passa sans encombre.
Arrivé à Kigali, direction le marché des taxis et des bus, mes 2 sacs à dos bien chargés ! J’avais quelques noms de villes, un itinéraire basique, une carte… Un but… Arriver au village avant la nuit ! Je me voyais déjà dans mon sac de couchage, me reposant de cette journée !
Étrange sensation que d’être un Mousoumbou, un blanc, au milieu des Ougandais. La peur m’envahit à nouveau : vais-je me faire comprendre, vais-je prendre la bonne direction, vais-je me faire arnaquer ?
Déjà des taximans m’attiraient à eux, voulaient me décharger de mes sacs !
Un homme s’approcha, écartant les autres, me regarda et me dit dans cet anglais africain superbe :
- Were you go my friend ?
Je tentai tant bien que mal de lui expliquer et il me renseigna un bus, me signala l’arrêt à une ville et un changement… À partir de là, je devrai arriver avant 17 heures à la prochaine ville, heure du dernier départ pour N’Sura, ma destination !
Le premier changement se passa bien… Je prenais confiance en moi, discutais avec mes compagnons de route…
Nous traversions une région superbe, des bananeraies magnifiques, une végétation luxuriante… Et c’est là, à 25 km de la dernière étape, à 1h de mon dernier bus, en plein milieu de nulle part, qu’un pneu éclate. Une effervescence sans précédent anime soudain le car ! Nous sommes priés de rester assis. Le chauffeur descend, va voir… Et tout le monde suit… C’est la pagaille…
Quelques mois plus tôt, commençaient les terribles évènements du Rwanda…De nombreux réfugiés passaient la frontière et à eux se mêlaient des bandes de pillards. Une tension certaine se fait sentir dans ce coin du pays…
Ça se bouscule, il faut enlever les bagages pour réparer la roue. Je n’ai d’yeux que pour eux, mes seuls biens ! Je me fraie un chemin à travers la foule que je perçois comme hostile… La colère et la panique s’emparent de moi ! Et je crie :
- Don’t touch ! Don’t touch ! It’s mine !
Je me disais : « pourvu qu’ils soient en sécurité ! » Les bagages sont à terre… Un homme me regarde fixement, et me dit, le sourire aux lèvres et le ton ferme :
- Don’t worry ! I’m here !
Il souleva son tee-shirt, laissant apparaître son pistolet…
Ce n’est pas la vue de son arme qui me rassura… Mais ce calme et cette puissance qui émanait de cet homme… Je retournai donc paisiblement dans le car. J’appris plus tard qu’il était le gardien du car.
La dernière navette pour N’Sura partit… Avec moi à son bord… Une heure plus tard, je reconnus la grande route de terre rouge qui s’enfonce dans la montagne. La joie m’envahit… Presque arrivé, plus que 10 km… La nuit commence à tomber… Le timing est parfait… Je suis déjà dans mon sac de couchage, dans les bras de Morphée… Dieu que c’est bon.
Soudain la navette s’arrête.
- N’Sura ! It’s there !
La navette ne prendra jamais la grande route de terre rouge… Elle continuera vers un autre village ! Ereinté physiquement et émotionnellement, je me retrouve avec mes 2 sacs au carrefour, cette route devant moi… Des gosses viennent vers moi, je ne les vois pas, je ne les entends pas… Juste cette route, cette impression que cette journée ne finira jamais.
Au fond de moi, je me disais : « Aide-moi ! » Une demande, simple, d’un jeune homme épuisé !
Et je commençai à marcher… Au bout d’un quart d'heure, 2 vélos m’encadrèrent :
- N’Sura ?
- Yes, répondis-je tout en sueur…
L’un prit mes sacs sur son dos, l’autre fit m’asseoir à l’arrière de sa selle et doucement, je fis ainsi les 9 kms restant avec mes 2 amis de la providence.
Quand j’y repense, dans mon sac de couchage, la tête dans les étoiles, le mont Ruwenzori autour de moi… Quelle journée, quelle aventure… Une joie s’installe dans le cœur, un sourire, un merci !
Les enseignements :
- Suivre sa voie, son chemin, c’est être seul avec soi-même
Si vous désirez faire quelque chose, au fond de vous, mais que vous avez peur, faites-le… Seul ! Ne demandez pas à un ami pour vous accompagner, vous servir de béquille. Votre voie est unique, et vous en apprendrez plus sur vous-même et sur la vie lorsque vous dépassez votre peur d’arpenter la voie ! Nul ne peut faire le chemin à votre place, c’est debout, ancré en vous, que la vie vous attend !
- « Faites un pas, et j’en ferai mille » a dit un maître de sagesse.
Marchez sur votre chemin, DEMANDEZ et vous RECEVREZ l’aide au moment voulu. Vous recevez toujours l’aide lorsque la difficulté se présente. Pas avant ! Il suffit de demander. Les gens dont vous avez besoin sont là, pour vous, attendant le moment d’entrer en action ! Ce n’est que lorsque vous arpentez le chemin qu’ils peuvent entrer en relation avec vous. Ils deviennent vos compagnons de route, pour un instant, ou plus… Repérez dans l’histoire les 3 moments où l’aide est venue.
- Que votre but soit votre unique vision !
Quelles que soient les difficultés de la vie, les secousses émotionnelles, garder la vision de votre but ! Je dirais même plus, c’est dans les moments les plus difficiles que cette vision doit être la plus intense !
Allez… Je suis sûre que vous pouvez trouver d’autres enseignements






